vendredi 31 décembre 2010

Mallikarjun Mansur, premier siècle


Le grand chanteur Mallikarjun Mansur aurait eu 100 ans aujourd'hui. Quand il chantait la musique la plus compliquée avait l'air parfaitement limpide. Je n'ai pas vraiment envie d'essayer de dire pourquoi c'est aussi bien. La musique doit prendre aux tripes, le reste est inutile. Voici un enregistrement qui doit être assez rare. Un concert au Festival Shankar Lal à Delhi en 1983:
http://www.mediafire.com/?nyb1wd8uyz2hz

Selon la cassette d'origine le premier raga est Yaman Sind (Sindhi Yaman). Je ne connais pas ce raga mais il semble qu'il s'agît tout simplement de raga Yaman. Suivent des variantes de raag Nat.

dimanche 12 décembre 2010

Les Steppes d'Asie



C'était à l'époque que j'écrivais mon roman "La Chanson de Roland". Je lisais tout sur l'Asie centrale. Un nom revenait sans cesse: Wilhelm Radloff, grand connaisseur des langues turques au dix-neuvième siècle, éditeur des grands textes épiques. Enfin, un de ces hommes dont on voit l'importance beaucoup plus tard seulement. Pas étonnant non plus que la propagande stalinienne le désignait comme ennemi considérable. Heureusement pour lui il était mort depuis longtemps.
Et voilà que je retrouve son nom dans la toute petite exposition du Musée Guimet, Hommes, Bêtes et Dieux de la Steppe. Dans une petite note. Il y avait aussi de belles antilopes en relief sur un vase:



Ce sont des paysages sans fin. Des milliers et des milliers de kilomètres. On passe en coup de vent. Il y a si peu de gens qu'il y a forcément quelque chose à dire quand on croise quelqu'un. Je n'irai sans doute jamais en Asie centrale. Ce n'est plus la peine. J'ai déjà écrit mon livre. Du coup c'est devenu un paysage mental. Un pays fait sur mesure.

jeudi 9 décembre 2010

Désolé


Chaque poète, même s'il ne s'en rend pas compte lui même, à un frère photographe. On ne fait jamais qu'illustrer le travail d'un autre. Le problème, bien sûr, est de rassembler ce qui est éparpillé et cela n'est pas facile. C'est le hasard. On voit une photo ou on lit un poème et soudain l'évidence saute aux yeux. C'est le "Déjà-vu". J'avais cela en regardant les photos du dix neuvième siècle à la Bibliothèque Nationale l'autre jour. Pas immédiatement, quelque jours plus tard je voyais mon livre des poèmes de Géorg Trakl (Das dichterische Werk) Un livre couleur sépia, comme les calotypes. Je me mets donc à lire



Blinde Klage im Wind, mondene Wintertage,
Kindheit, leise verhallen die Schritte an schwarzer Hecke,
Langes Abendgeläut.
Leise kommt die weisse Nacht gezogen,

Verwandelt in purpurne Träume Schmerz und Plage
Des steinigen Lebens,
Dass nimmer der dornige Stachel ablasse vom verwesenden Leib.
Tief im Schlummer aufseufzt die bange Seele,

Tief der Wind in zerbrochenen Bäumen,
Und es schwankt die Klagegestalt
Der Mutter durch den einsamen Wald

Dieser scweigendeen Trauer; Nächte,
Erfüllt von Tränen, feurigen Engeln.
Silbern zerschellt an Kahler Mauer ein kindlich Gerippe.

C'est merveilleux cette façon de commencer par un paysage qui peu à peu prend vie pour devenir un portrait. C'est pas gai en revanche. Trakl vient du pays de Thomas Bernard, ne l'oublions pas. Un monde désolé où l'on passe son temps à chercher une issue. En vain. Et pourtant, cette façon de retrouver toujours quelque part de l'humain est profondément réconfortant.



Am Abend schweigt die Klage
Des Kuckucks im Wald.
Tiefer neigt sich das Korn,
Der rote Mohn.

Schwarzes Gewitter droht
Über dem Hügel.
Das alte Lied der Grille
Erstirbt im Feld.

Nimmer regt sich das Laub
Der Kastanie.
Auf der Wendeltreppe
Rauscht dein Kleid.

Stille leuchtet die Kerze
Im dunklen Zimmer;
Eine silberne Hand
Löschte sie aus;

Windstille, sternlose Nacht.

(La première photo est de William Henry Fox Talbot, les deux autres de Peter Henry Emerson)

vendredi 3 décembre 2010

L'Histoire du Jardinier

Voilà l'étrange histoire d'un jardinier, pionnier des arts. On le voit d'abord en 1852, photographié par Adalbert Cuvelier. C'est un jeune homme encore:



On le retrouve à l'age mur dans un court métrage des frères Lumière. Le visage est désormais caché (attention: il s'agît de l'homme à gauche sur la photo):



Enfin, vers la fin de sa vie, avec une barbe mais le visage toujours caché. On apprend maintenant son nom: Vallier. Cézanne a fait plusieurs portraits de lui. Cela devient évident quand on connait l'histoire de cet homme qui a traversé l'histoire artistique du dix neuvième siècle: un des premiers à être pris en photo, filmé puis peint par le plus grand du siècle:

jeudi 2 décembre 2010

Calotypes

C'était la première fois que l'on pouvait tirer des photos en série. Là où le daguerréotype faisait concurrence à la peinture, le calotype allait sonner le glas de la gravure.
L'année dernière (je crois) il y a eu une exposition sur les photos primitives en Italie. C'était au Petit Palais. Aujourd'hui c'est la France avec une exposition à la BN. Beaucoup de différences? Non, pas énormément. Mêmes bonshommes artistes bohémiens ou gros bourgeois (peut être les mêmes à un age différent), mêmes paysages, souvent très beaux avec un panorama horizontal (le fleuve) ou vertical (la cascade). Dommage, je n'ai pas d'images et le dessin rend mal. Par contre une superbe photo de Charles Nègre: des ramoneurs qui marchent. Aucun visage. Tout est mouvement. Ceux qui pensent que la photographie a pris la place de la peinture réaliste doivent se rendre à l'évidence: la photographie annonce directement l'expressionnisme.

vendredi 26 novembre 2010

Ustad Aslam Khan

Des mentions d'Aslam Khan, il y a quelque temps, dans l'excellent blog de John Stevenson sur la vie musicale à Bombay, (http://musicmumbai.wordpress.com/) m'ont donné envie de réécouter cette musique assez rare. Les gens qui pensent qu'au temps de l'internet il est devenu impossible que les grands talents restent inconnus, même dans leur propre pays, ont tort. Inutile de faire une liste. C'est le contraire: un chanteur bien établi, connu, respecté qui en plus a du talent, voilà ce qui, en effet, est très rare. Revenons aux faits: une cassette de 1989, présentée dans une sorte de boite à savon:




http://www.mediafire.com/?jdkrw3rnu8jq5

lundi 22 novembre 2010

C'est écrit sur ton Visage



Après plusieurs expositions sur des thèmes larges: hommes, femmes, animaux, le Musée Dapper revient avec un thème géographique: l'Angola. Je me souviens avoir été peu convaincu par ces salles remplies d'images d'hommes etc. L'unité que l'on voit aujourd'hui entre les pièces est plus satisfaisante. En plus, l'Angola n'est pas le pays le plus représenté dans les musées.
Le thème: "Figures de Pouvoir" ne saute pas au yeux immédiatement. Comment représenter le pouvoir? Il y a des objets: sceptre, couronne et autres mais il doit y avoir plus: dans le visage on doit voir quelque chose que l'on ne voit pas chez les autres. Le chef émane le pouvoir. (Le sujet est d'ailleurs d'une actualité brûlante. Regardez autour de vous: combien de chefs d'état possèdent cela? Hein?)
Plusieurs statues présentées ont des dessins, en fait des scarifications, sur le front. Des dessins qui font beaucoup penser aux dessins utilisés de l'autre côté de l'Atlantique dans les cérémonies vaudous:



C'est peut être cela qui manque aujourd'hui dans le monde: le pouvoir doit s'écrire sur le visage.

jeudi 18 novembre 2010

Walid Raad au 104

Je me souviens des photos de vieilles voitures. Des voitures comme celles là, bourrées d'explosives sautaient à l'époque dans les villes libanaises avec une régularité terrible. C'était signé Atlas Group mais en fait il n'y avaient qu'un seul homme: Walid Raad. Des voitures comme les autres qui pouvaient se transformer en bombes. Les victimes avaient été enterrées, les coupables avaient fui. Il ne restait que ce sentiment de peur. Il y avait des textes à côté mais je n'ai jamais compris ce qu'ils disaient:



Aujourd'hui Walid Raad a plus de moyens et plus de place. Grande salle au 104: "Je gratte des choses que je pourrais renier. Une histoire du monde arabe" (Pourquoi dans la publicité il est obligatoire de traduire l'anglais tandis que dans l'art contemporain le titre anglais est devenu de rigueur?) A l'entrée on propose des audioguides pour comprendre mais cela ne me plaît pas du tout. Résultat: je suis largement perdu. Normal. Le monde arabe est difficile à comprendre. Une seule œuvre me parle: la maquette d'une salle d'exposition.



J'en ai vu des milliers depuis le temps. En voilà une expo qu'on voit d'un seul coup. Mais enfin, est-ce que on voit bien, complètement? Interrogation, réflexion. Œuvre intéressante donc. Pourtant je préfère les voitures.

mercredi 17 novembre 2010

Le Mois de la Photo, Rive Gauche

Il me semble que les galeries du sixième arrondissement se réveillent d'un long sommeil. Fini le temps que on ne regardait pas plus loin que l'art français de l'après guerre. Il y a maintenant des choses très intéressantes. Pas partout, l'abstraction lyrique a encore ses amateurs sans doute. Mais, de temps en temps on trouve des expos de grande qualité. Au moins aussi bien que à l'autre côté du fleuve.
La photo donc. Dans le "off", absent de la brochure officielle, j'ai beaucoup aimé le travail de Ivan Pinkava à la galerie 51. J'avais déjà vu des portraits superbes, noir et blanc. Cette fois ci il présente des natures mortes. Trois photos de matelas mousse, disposés contre le mur ou l'un sur l'autre. Le titre est "exercice spirituelle". Aussi les "chaussures pour Joseph Beuys" que j'ai retrouvé sur le net:



Autre travail intéressant: les paysages de Thibaut Cuisset, juste à côté de l'Institut. C'est un lieu qui sent un peu la reconnaissance officielle. C'est La Revue des Deux Mondes qui fait le catalogue. Que des noms à tiroir sur la liste. Artiste estampillé traditionnel à 100% donc. Il présente pourtant une très belle série de paysages français. Dans le texte d'accompagnement on lit: "Quand on regarde les photographies de Thibaut Cuisset, on dirait souvent qu'elles ont été prises un peu au hasard; on se demande: "pourquoi là et pas plutôt ici?"
Voilà une ânerie. Regardez donc. Cela se voit toute de suite. Le hasard, c'est l'ignorance. Le travail de l'artiste est de faire en sorte que la nécessité ne se voit pas. Enfin, allez expliquer ça à ces gens-là.

lundi 15 novembre 2010

Ustad Vilayat Khan



C'était en 1968. Paris était en feu. Moi, je découvrais la musique indienne. C'était une samedi après midi à la radio hollandaise (NOS) Il s'agît d'être précis et de se souvenir de tout ce qui compte vraiment. A 17.00 de cette après midi il y avait la diffusion d'un concert qui avait eu lieu peu avant à "L'Institut des Tropiques" à Amsterdam. L'organisateur, Félix van Lamsweerde, présentait un musicien qui était, pour lui, le plus grand des sitaristes en Inde. Il ne se trompait pas. Le concert commençait par le raag Yaman, le même raag que l'Ustad avait enregistré sur un LP à Londres peu avant. Suit le raag Desh avec une composition qu'on n'a pas souvent ré entendu depuis. Le raag Bairavi de la fin est un moment de pur bonheur. C'était mon introduction à la musique indienne. La toute première fois que j'entendais ça. J'étais devant le poste avec un magnéto à bandes Philips. Voici à partir de la bande originale. (Manik Rao Popatkar au tabla)

http://www.mediafire.com/?g7dzgee2fxs98

Nous voici en 1972. Vilayat Khan était venu avec un jeune joueur de tabla Zamir Ahmed Khan. J'aurais préféré Kishen Maharaj ou Samta Prasad mais enfin. C'était dans le cadre du Holland Festival et lors de la journée inaugurale à La Haye certains des participants faisaient une courte présentation des concerts à venir. Je me souviens parfaitement de ce concert. Au premier rang se trouvait Kathy Barberian, la chanteuse américaine qui avait amené son petit chien. Il y avait aussi un hippy qui se mit devant et qui commençait à sortir sa flute pour faire un bœuf improvisé. C'était l'époque. Le raga n'était pas annoncé. J'ai conclu moi même qu'il s'agissait de Yamani (sorte de Yaman avec moins de contraintes) Tout cela n'était pas très sérieux mais il y avait une légèreté très agréable.

http://www.mediafire.com/?44x1u5959x9dw

Toujours été 1972, Vilayat Khan a donné un concert assez décevant à Rotterdam où il a joué Rageshri, puis deux concerts à Amsterdam dont l'un (celui ci) a été enregistré par la radio. L'autre concert, je crois qu'il a joué raag Purvi mais il n'y a pas d'enregistrements, était certainement plus beau. Celui-ci était court et, soyons clair, pas très inspiré. En revanche le raga: Chandani Kalyan, n'est pas très courant. Il s'agît en gros de raga Yaman avec si bémol (komal nishad) C'était quelques jours après le concert de la Haye dans L'Eglise Luthérienne d'Amsterdam.

http://www.mediafire.com/?2kygybk8n4iulhu

Mois de la Photo, rive droite

Il y a quelque chose de pénible dans ces condensés d'attention, comme la journée de la femme, le mois de la poésie, la fête des mères etc. Cela dispense de s'en occuper le reste de l'année. Pourtant, les expositions de photos dans les galeries parisiennes ce temps-ci permettent, pour ceux qui aiment faire des kilomètres sous le crachin (merci vélib, le vélo est indispensable)de découvrir des oeuvres qui valent la peine. D'abord, il faut s'affranchir du label "mois de la photo". Il y a le "in" et le "off". Beaucoup de photos à l'ancienne: la petite histoire poétique, l'oeil du photographe. Cela je ne garderai pas. Les photos qui racontent une histoire touchante, c'est terminé depuis fort longtemps. Google images donne des photos par millions, il s'agît de faire une image indispensable. Le reste peut rester sur le disque dur. Pas la peine d'en faire part au monde.
Des choses très belles donc. Tant qu'à faire de l'art, il faut faire des beaux arts. La Galerie Karsten Grève, dans le Marais, a organisé une superbe exposition de la photographe américaine Sally Mann. Elle utilise un appareil centenaire qui laisse des bulles et des rayures , qui coupe les bords aussi. Toute la première salle contient des nus masculins, format environ 30 par 40 (à première vue).Parfois des parties du corps, une jambe, un bras:


Dans les autres salles il y a des paysages qui m'ont fait penser à Faulkner: luxuriant, inquiétant, des enfants aussi. Il y a des secrets cachés, des fardeaux. Le résultat est très fort.
Le reste du quartier est plus calme: des paysages très sages de Giorgia Fioro à la galerie Sit Down (ça va bien sur les cadres IKEA), un surréalisme suranné au centre culturel mexicain. Des photos rétro africaines au musée des arts derniers (des types qui posent avec leur moto ou leur transistor). Non, je dis non. Pour la suite il faut aller rive gauche. A suivre

dimanche 14 novembre 2010

Tous ceux qui tombent

A l'exposition "Fresh Hell" au Palais de Tokyo j'ai retrouvé un artiste hollandais que j'avais découvert il y a cinq, six ans lors d'une de ces grandes expositions internationales d'art contemporain : "Manifesta". C'était à San Sebastien en Espagne. Bas Jan Ader. Dans les années 70 il a fait une série de vidéos où il tombait, de façon variée mais radicale quand même. Tomber, il ne faut pas l'oublier, ça fait mal. Je me souviens d'un vidéo tourné à Amsterdam dans lequel il tombait dans le canal, sur son vélo. Il n'y a que les Hollandais qui peuvent vraiment comprendre cela dans toute sa profondeur. C'est sur Youtube:



Dans une autre vidéo il était en plein vent. Il tanguait de plus en plus, puis il tombait. Bas Jan Ader est mort en 1975 lors d'une traversée de l'Atlantique, dans le cadre d'une oeuvre qui s'appelait "In search of the Miraculous". Il était parti sur une petite barque. C'était un artiste en tout point admirable.
Dans la même exposition j'ai découvert l'oeuvre d'un artiste italien de la même époque: Gino de Dominicis. Deux vidéos: Une intitulé: Tentative de vol. L'artiste se trouve sur une butte. Il remue les mains pour s'envoler. Puis il saute. La deuxième est intitulée: "Tentative de former des carrés au lieu de cercles autour d'une pierre qui tombe dans l'eau". Pas de vidéos sur le web mais une photo:

lundi 8 novembre 2010

Bulbul



Dans la poésie orientale il est beaucoup question des rossignols qu'on appelle bülbül en turc. L'oiseau appelé bulbul en langue française désigne un autre oiseau, pas du tout aussi fin chanteur. La distinction est importante car si on remarque le rossignol ce n'est pas par son aspect, assez quelconque, c'est par sa voix.
J'ai appris à l'époque où je dormais peu que les merles cessent de chanter dans la nuit, contrairement aux rossignols. J'ai eu depuis une certaine appréhension des oiseaux chanteurs. J'ai fait à l'époque le travail suivant. Portrait peu flatteur:



Aujourd'hui j'ai envie de faire la paix avec les oiseaux chanteurs. Dans le livre Essai sur le Chant de Quelques Oiseaux de Gérard de Bassetière, édité en 1913, j'ai trouvé la transcription du chant de rossignol. Un chant qui précède de peu la première guerre mondiale (la copie est terriblement réduite, il faudra des yeux d'aigle pour voir!):


James Joyce et Kurt Schwitters ne sont pas loin, juste quelque tranchées après, quelques années plus tard. Les oiseaux voient mieux que nous ce qui va arriver. Normal: ils volent au dessus de nous.

jeudi 4 novembre 2010

La Musique classique thai jouée au Piano par Monsieur Gaston



Cet exemple de musique "piano bar" est étrange. Je ne suis pas entièrement certain (pas de nom sur la cassette):

mais tout laisse à penser qu'il s'agît de M. Bruce Gaston, musicien américain qui vit depuis longtemps à Bangkok. Une recherche rapide montre qu'il joue actuellement avec son ensemble à l'hôtel Méridien de Bangkok. Voilà l'endroit où il fait être pour entendre une musique unique en son genre! Pour ceux qui sont empêchés de faire le voyage, voici une cassette en direct du bar international:

http://www.mediafire.com/?39t459xac3kez

vendredi 29 octobre 2010

La France de Raymond Depardon



L'exposition de photos à la Bibliothèque Nationale m'a fait réfléchir à la notion de pittoresque. Qu'est ce qui fait qu'on décide de s'arrêter, de prendre l'appareil photo (ou le carnet de dessins d'ailleurs)et de consigner? C'est, je crois, qu'on revient dans un lieu connu. C'est "déjà vu". Les gens disaient ça dans les années 70 pour quelque chose qui avait eu lieu dans une vie antérieure. Une scène doit être reconnue. Tiens: le cinéma de Cosne sur Loire. Je l'avais dessiné à l'époque où je voyageais dans la région à la recherche d'une maison. Je le retrouve chez Raymond Depardon



Mais il y a plus encore: Quand on regarde des vieilles photos on ne se dit pas que tout cela a disparu. L'art fait que rien ne disparait. Aucune raison d'être nostalgique. Tout reste présent. Regarde cette photo prise il y a cent ans (collection Albert Khan):
Dans cent ans on regardera les photos de Raymond Depardon et on le dira: rien n'a changé.

Imrat Khan



Imrat Khan était le premier musicien indien que j'ai pu voir en concert. C'était au début des années 70. Des concerts que la radio a diffusés après. (Je les mettrai en ligne en temps et en heure) Voici une cassette éditée aux USA: Raga Darbari, joué au surbahar, un concert à l'Occidental College, 22 mai 1982. Imrat Khan a enregistré raga Darbari plusieurs fois depuis. De tous ces enregistrements, celui-ci, un long alap au surbahar, est le plus beau.

http://www.mediafire.com/?c8sjd14dm7g8h

mercredi 27 octobre 2010

Lucas Cranach à Bruxelles



C'est drôle comme on voit dans les tableaux quel est le genre de femmes qui plaisent au peintres. Cranach l'Ancien aimaient les visages ronds, petits seins, petits yeux. A l'exposition bruxelloise on en voit, jusque dans les gravures. Ce n'est pas mon genre mais passons.
La série de tableaux de Lucrèce qui se plante un couteau dans le corps pour ne plus vivre dans le déshonneur est somptueuse. Tant de vertu et tant de nudité. Il faut sans doute toujours se mettre entièrement à nu pour prouver son honnêteté. C'est une leçon.
Quelques détails: L'électeur Frédéric avait assemblé à Wittenberg un grande collection de reliques. Ceci dans le but de faire de cette ville un centre de pèlerinage, source de revenus. La-dessus vient Luther qui réduit la valeur des reliques à néant. On l'apprend ainsi à ses dépens: ne jamais aveuglement faire confiance aux biens.
Autre détail: sur les crucifixions les croix sont de vrais poutres, non pas des planches lisses. Voici l'image:

Abdolvahab Shahidi



Voici le grand chanteur iranien des années 60, c'est à dire de l'avant-mollah. C'est un peu daté, un peu grandiloquent parfois. Mais il y a le hâl. Qu'est ce c'est que le hâl? Un très bon article de Jean During donne la réponse: www.crem-cnrs.fr/membres/j_during_hal.pdf
Après lecture, la musique:
http://www.mediafire.com/?gokowldrvbqah




lundi 25 octobre 2010

Paul Rebeyrolle



Il faut avoir confiance pour intituler une exposition: « Dix Oeuvres Majeures ». Rien de mineur ici, pas de fonds de tiroir. Bon, quand on entre dans la grande salle de la galerie Jeanne Bucher c’est déjà la taille des oeuvres qui fait incontestablement majeure. Quelques dimensions: 170x170, 130x195, 278x240. Puis les couleurs n’ont rien de discret non plus. C’est spectaculaire, parfois un peu trop. Les tableaux à droite avec branches et grillage sont trop chargés à mon goût. A force de vouloir en faire beaucoup, on en fait trop. En revanche le mouton dépecé à droite est juste parfait. C’est peut être le plus beaux des tableaux, plus encore que le grand chien blanc au fond de la salle: deux serpents et au dessus d’eux un chien qui visiblement aboie. Tableau bruyant mais qui respire la vie. C’est peut être ce qui rend ces tableaux aussi touchants: à travers ces images de mort on ne trouve que la vie.

mardi 19 octobre 2010

France 1500



Après la mort de St. Pierre de Luxembourg on trouva une caisse qui contenait des listes de péchés que le saint avait patiemment et scrupuleusement notés. Des milliers de notes. L’œuvre n’a pas survécu. C’est très dommage.
Une autre histoire de la même époque : Henry Suso (St Henry Suso) avait l’habitude de manger trois quarts de sa pomme au nom de la Sainte Trinité puis le dernier quart au nom du divin amour dont fit preuve la Sainte Vierge pour son enfant. Ce dernier quart cependant il mangeait avec la peau car les enfants mangent leur pomme avec la peau. Il ne fallait pas oublier cela. Cela était important. Essentiel même.
Je pensais à ces histoires en visitant l’exposition France 1500. C’était une époque où rien n’était laissé de côté, tout avait son importance. Aucun acte gratuit. Chaque détail comptait. Les transgressions étaient dangereuses. En même temps la folie guettait en permanence, comme la mort. Des vies sur la lame du rasoir. Il y avait trop de choses à maîtriser. Trop de dangers. Certains finissaient donc par craquer. Sur un tableau du Maître de St. Gilles il y a un homme en pleine crise de folie. St. Leu va le soigner. C’est le propos du tableau. J’ai essayé, maladroitement de dessiner cet homme qui délire. Sur la photo il est tout au fond.

dimanche 17 octobre 2010

Shakur Khan


Un 78t de Shakur Khan, fils du très grand chanteur Wahid Khan, le chanteur qui a guidé Amir Khan dans ses recherches dans les très lents cycles jhoumra de quatorze temps. C'est certain, le propos est spécialisé, mais la beauté est complexe aussi. La beauté est comme les fleurs que l'on cueille, d'une complexité extrême et d'un accès direct en même temps.
http://www.mediafire.com/?p1p432x1g2ovt

Nikhil Banerjee au Musée Guimet 1974-1984



C'était le temps des Amis de l'Orient, association un peu guindée qui organisait des voyages en Indes mais aussi (surtout)des concerts de musique à l'auditorium du Musée Guimet. Un des hôtes réguliers était le sitariste Nikhil Banerjee. Il venait une voire deux fois par an pour faire des concerts et pour graver des disques, les LP's de Sonodisc, devenus assez rares et recherchés aujourd'hui. Un certain nombre des enregistrements ont commencé à circuler sur le net, une chose dont je suis très probablement à l'origine sans l'avoir cherché. Il était donc temps de mettre de l'ordre dans tout cela. J'ai sorti les vieilles cassettes du placard pour en faire des numérisations plus propres que les copies des copies des copies qui sont maintenant proposées. Voici le programme:

4/11/74: Marubihag/ Gara (avec Anand Bodas)
http://www.mediafire.com/?x94a561l6h1dn
6/11/74: Kaushi Kanada (avec Anand Bodas)
http://www.mediafire.com/?03131dltfp027
6/11/75: Rageshri/ Kafi (avec Anindo Chatterjee)
http://www.mediafire.com/?csa57diuca056
13/11/75: Lalita Gauri/ Kafi (avec Anindo Chatterjee):
http://www.mediafire.com/?mj6y892ebbgvz
3/11/76: Jhinjoti/Kafi(avec Swapan Chowdhuri)
http://www.mediafire.com/?963xeon208qhs
9/9/78: Surdasi Malhar/ Pancham se Gara/ Pilu (avec Anindo Chatterjee
(Pancham se Gara rajouté, )
http://www.mediafire.com/?goql78a928i88
1/11/79: Marwa/ Khamaj/ Kafi dhun (avec Anindo Chatterjee)
http://www.mediafire.com/?duw1us9z53y13
7/11/84: Marwa/ Khamaj (avec Abhijit Banerjee)
http://www.mediafire.com/?evol72eidj1iq

jeudi 14 octobre 2010

Certosa di San Martino à Naples


Je vivais au bord
d'un précipice.
Il faisait froid
et ce froid

venait du creux
dans la terre.
Des voix criaient
mais on disait

qu'aucun homme
jamais n'était
allé dedans
et aucune voix

jamais n'était
ressuscitée
ou remontée
du précipice.

Il valait mieux,
me disait-on,
laisser ces lieux
et s'installer

plus loin,
dans un hameau
avec des gens,
qui s'entraidaient,

des vrais amis.
Laisser ce trou,
ces voix bizarres,
à tout jamais.

Je suis resté,
me suis couvert
contre le froid,
pour écouter,

pour regarder.
Un soir,
j'avais trop bu,
il faisait noir,

je suis tombé.
J'avais glissé
au bord du trou.
Il avait plu.

Je suis tombé,
tombé du haut.
Et puis des mains
m'ont attrapé.

Une voix disait:
cesse de tomber
car il n'y a
aucun endroit,

aucune chaussée,
où s'écraser.
Vivre ici
c'est léviter.

Je me disais
que tôt ou tard
j'allais trouver
le haut, le bas

et tout allait
tomber en place,
les pieds sur terre,
le corps debout.

Il m'a fallu
un certain temps
pour découvrir
que je tournais

comme une toupie,
que mon nombril
était un axe
autour duquel

tournait mon corps
pour avancer
comme une hélice
d'hélicoptère.

Alors un jour,
si vous voyez,
haut dans le ciel,
un homme qui tourne,

faites lui un signe
de la main.
C'est moi qui tourne,
qui tourne aux vents.

mercredi 13 octobre 2010

K.G. Ginde

Voilà l'exemple même de la fidélité d'un disciple à son maître. K.G.Ginde a passé sa vie a enseigner et à chanter la musique de son maître S.N.Ratanjankar. La carrière internationale ne le tentait pas du tout. Passer le savoir aux jeunes, respecter avec un soin presque maniaque les préceptes du maître. Inutile de dire que cet homme est un héros. Une cassette de 1992:

http://www.mediafire.com/?9b51r780jr6my

mardi 12 octobre 2010

Girja Devi, Gopal Misra, Kante Maharaj


Une rareté (encore!). Raga Bhairavi. Un concert enregistré à Benares dans les années 60 (je crois). Ecoutez le tabla qui commence avec des rares frappes d'une puissance inouïe et qui peu à peu se met à jouer de plus en plus. Gopal Misra n'est pas très présent. Peut être c'est l'enregistrement qui est franchement médiocre. Mais où trouve-t-on d'autres enregistrements de ce joueur mythique?
http://www.mediafire.com/?5wdwc7mlmy4cylb

Max Neumann à la Galerie Vidal-Saint Phalle




(L'image en couleur vient du carton d'invitation de 2008, les dessins sont de moi et pas de lui!)


Les dessins de 30 par 30 centimètres me feront toujours penser aux pochettes des LP. Question de génération sans doute. C'est un beau format. Les lignes verticales et horizontales ont une importance égale. L'oeil ne se disperse pas. Un peu plus grand et on risque de plonger dedans, un peu plus petit et on est obligé de se pencher. Qui se risquerait à faire des dessins au format CD? Enfin, il y en a sans doute quelque part.
Max Neumann a fait des grands tableaux, des portraits superbes. C'est la deuxième fois que je vois ses petites oeuvres sur papier à la Galerie Vidal-Saint Phalle. Des portraits sans expression Des portraits sans qualités. C'est tout à fait ça, des hommes sans qualités, comme le roman de Musil. On peut y lire se qu'on veut. Des visages ouverts.

lundi 11 octobre 2010

Iqbal Bano


Une chanteuse que je n'ai jamais vu en concert mais que j'aimais beaucoup. Je possède un nombre de cassettes de ses ghazals et thumris. Voici la première:

http://www.mediafire.com/?t6gf81bb8bqvo



EMI Pakistan a édité dans les années 8O une série de cassettes intitulée "An evening with Iqbal Bano" Avec plus de quatre heures de musique la soirée était longue mais merveilleuse. Sur les cassettes je retrouve aussi le nom du magasin qui vendait dans l'arrière boutique des cassettes en direct de Southall: Wembley Video Paris, 7 rue Jarry. Souvenir ému de samedis passés dans le quartier de la rue saint Denis à chercher des cassettes que nous regardions ensuite en mangeant dans le restaurant en face. Voici la soirée complète avec Iqbal Bano:

http://www.mediafire.com/?edjob4ujbx4p2

Hanuman Prasad Misra

Un enregistrement que j'ai eu il y a très longtemps. Le musicien est le père des frères Rajan et Sajan Misra. Il vient de Bénares et il joue ici les ragas Puria Kalyan et Jog suivi par un thumri lors d'un concert à Bombay. Malheureusement l'enregistrement d'origine augmente la vitesse en cours de route ce qui donne un son bizarrement accéléré vers la fin. Enfin, soyez assuré. Vous ne trouvez ceci nul part ailleurs.
http://www.mediafire.com/?0x47dhfnkjehtgo

Prix Turner



C'est la saison des prix pour les artistes. Au Tate à Londres sont exposées les oeuvres des nominés pour 2010. J'y trouve, surprise, un tableau de Dexter Dalwood. Un tableau très post-crise: belle facture, plus de peinture qui dégouline, grandes plages de couleurs. Les millionnaires en auront pour leurs dollars. Ma surprise vient du sujet: la mort de Dr. David Kelly, le spécialiste en armements qu'on a retrouvé mort sous un arbre parce qu'il avait découvert que ces armes de destruction massive n'existaient que dans la tête de Bush jr. et de Tony Blair. Il se trouve qu'à l'époque j'avais fait un travail sur le même sujet. Travail qui ne fut shortlisté nulle part.

dimanche 10 octobre 2010

Cet air qui me trotte dans la tête

Parfois on a des mélodies dont on ne se débarrasse pas. Il y a quelques semaines c'était "Tata Yoyo" d'Annie Cordy. Je n'arrivais pas à penser à autre chose. Je pensais à des mélodies plus présentables. Mais Tata Yoyo prenait le dessus. Aujourd'hui une autre chanson, très présentable celle là, ne quitte pas mon cerveau. La voici:

Exposition Chen Zhen au Musée Guimet




J'ai découvert Chen Zhen quand il venait de mourir. Une belle exposition, à la Villette si je me souviens bien. Il y régnait une ambiance d'infinie tristesse. Il y a eu plus tard cette grande exposition au Palais de Tokyo avec des sculptures en bougie fondue, aussi un grand mur avec des tiroirs qui contenaient des épices. J'avais vu cette table ronde ailleurs encore, mais où? Il y a quelques années j'ai vu une exposition avec des couteaux de chirurgie chinoise. J'ai fait des dessins que je ne retrouve plus. Aujourd'hui la table ronde se trouve tout en haut du Musée Guimet. L'exposition des quelques oeuvres de Chen Zhen au deuxième étage est une très belle réussite. Voilà comment confronter les classiques aux modernes!
La première pièce exposée est un berceau, couvert de tissus et de quelques hublots, comme pour voir et entendre ce qui se passe à l'intérieur. Un peu plus loin, du côté des peintures classiques chinoises se trouve cette oeuvre, "stèle, cercueil", qui date de 89: une vieille machine à écrire dans une fenêtre Lapeyre (décrit comme ça on pourrait penser que c'est une oeuvre médiocre, c'est tout le contraire). Une feuille couverte de caractères d'imprimerie derrière. C'est incroyablement chinois. Un petit pot avec quelques bâtons d'encens et quelques bougies devant, le tout comme autel à un ancêtre. (voir dessin) C'est après tout en Chine que l'imprimerie fut inventée.
Au milieu de la galerie chinoise je trouve cette phrase: "Entasser la terre, elle devient tumulus, creuser la terre, elle devient tombeau." Des autels avec des boites contenant des objets à moitié enfouis dans la terre ou dans l'eau, des machines, des boites. Il y a un côté immortel dans ce travail. Quelque chose qui restera. Autre phrase, écrite sur le mur: "Un langage par laquelle je puisse dialoguer avec la source de l'univers et le coeur intime de l'être humain."
De la fenêtre, tout en haut du Musée Guimet, à côté de la table ronde de Chen Zhen on voit le batîment du Conseil Economique et Social. Le lundi 18 octobre il y aura deux tables rondes. Voici copié et collé le programme:

La journée se déroulera autour de 2 tables-rondes : - en matinée : "Le défi de la perte d'autonomie : les services à la personne, une réponse efficace à consolider" - l'après-midi : "Le développement des services à la personne : une réponse d'avenir au défi de la perte d'autonomie"


Qu'ils viennent d'abord faire un tour au Guimet. Cela aidera à la discussion.